Apocalypse, partie 1

Apocalypse – définition : Nom féminin, catastrophe effrayante qui évoque la fin du monde.

Larousse

Le syndrome m’a été diagnostiqué à 23 ans – soit en 2012. Mon humour s’en est servi, c’était l’Apocalypse. La Fin du Monde, et ce n’était pas à cause des Mayas.

C’est une histoire que je te raconte depuis le 5 Janvier 2018 – soit trente-six articles autour du Syndrome, de ses symptômes et de ses problématiques.

Quand je t’écris, nous commençons Janvier 2019. Je ne communique plus sur la page depuis fin Octobre 2018.

Et pour cause. Je ne suis pas malade.

Tu aurais le droit de crier à l’arnaque, au scandale, à la honte. “SHAME ON YOU” (NLDR : honte à toi) – et je ne t’en voudrais pas. Il m’aura fallu plusieurs semaines pour reprendre l’écriture de cet article. Qui signe la fin d’une période pour moi, et pour un sujet de cette page.

Par quoi commencer pour t’expliquer… Par une fameuse échographie qui a changé le schmilblick.

C’est le 29 Octobre 2018. Je me souviens avoir bu deux litres d’eau. On m’avait demandé de n’en boire qu’un – mais la première fois que j’ai fait une échographie pelvienne (par sonde vaginale) l’échographe m’avait roupesté dessus parce qu’il n’y voyait rien – alors j’ai beaucoup bu. J’avais une furieuse envie d’uriner et je maudissais l’échographe d’avoir pris du retard.

C’était une échographie de vérification. Lors de mon dernier examen gynécologique, la sage-femme (j’ai préféré être suivi par une sage femme) avait tâté un endroit douloureux au niveau de mon ovaire droit. L’échographie permettait d’en savoir plus sur cette mystérieuse douleur.

J’arrive dans le cabinet de l’échographe, sur le point d’uriner sur la chaise. Il comprend ma détresse et m’explique très gentiment que ce n’était pas la peine de boire autant – ni même de boire en fait – car l’échographie prescrite est par voie interne et donc plus facile à regarder.

“Mais comme vous êtes là avec tout ce liquide on va quand même regarder par voie abdominale, histoire que vous n’ayez pas fait tout cela pour rien”.

Il est gentil et drôle. Il essaie de me détendre.

La dernière fois que j’ai eu une échographie c’était pour mon diagnostic. L’échographe avait décelé neuf follicules sur l’ovaire droit. Il avait conclu par un “Syndrome des Ovaires Polykystiques”.

Je papote avec l’échographe pendant qu’il passe la sonde sur mon bas-ventre, je me retiens très fort (même si je sais qu’il ne reste que quelques minutes avant de pouvoir aller au toilette). Il me parle de ma vessie, me prévient de son état – qu’elle est distendue – que ça serait chouette de ne pas attendre d’avoir envie pour faire pipi. Je rigole grassement en pensant au contexte actuel.

Il remonte sur mon utérus. “Il est parfait ! Regardez comme il est beau !”. J’écarquille les yeux comme une enfant. Il m’explique, me montre mon petit intérieur. Je lui parle de mon diagnostic. Et là il fronce les sourcils. “C’est la nouvelle mode ça ! Dès que quelque chose cloche dans la fertilité d’une femme aujourd’hui on dit qu’elle est SOPK, n’importe quoi ! Votre utérus est nickel, et je vous parie tout ce que vous voulez que vos ovaires aussi !”

Il change de sonde pour l’intra-vaginal. Il m’explique encore, va doucement, me montre. “Ah bah vous voyez, juste ici votre trompe gauche et votre ovaire gauche, ils sont supers, rien à dire. Bonne taille d’ovaire, bon nombre de follicules. On va passer sur le droit. Et bah non, ils sont super beaux.” J’aurai du parier quelque chose en effet.

Je ne comprends plus. Là où il y avait encore quelques années que des problèmes, il n’y avait juste plus rien. Tout était bien ordonné à l’intérieur de moi.

“Je vais vous dire, on les voit très vite les ovaires polykystiques, liés au Syndrome ou non d’ailleurs, ils sont tellement engorgés par les follicules calcifiés qu’on ne voit même plus l’ovaire. Vous on les voit très bien.

Allez pour chipoter, votre ovaire gauche est juste un peu plus petit que l’autre et les follicules sont sur la périphérie. Mais alors vraiment rien de grave, juste une particularité.” En l’entendant, sur le coup j’ai repensé à mon appendice qu’on m’avait retiré six mois plus tôt et qui était au milieu de mon bas ventre, petite particularité intérieur encore.

“Mais alors le poids et mon hirsutisme ?” je lui demande. Ce sont les deux symptômes les plus visibles et dont les médecins m’ont parlé en premier – après mon cycle menstruel extrêmement longs (j’y reviendrai).

“Vous avez des tendances à l’embonpoint dans votre famille ?” “Oui, toutes les femmes de ma famille ont les fesses et les hanches larges !”.

“Un soupçon de moins – je vais passer une autre sonde sur les surrénales maintenant pour voir d’où peut venir votre hirsutisme.”

Il m’explique que les glandes surrénales sont de petites glandes comme des petits chapeaux positionnées juste au dessus des reins. Elles fabriquent des hormones indispensables au bon fonctionnement de l’organisme, comme l’adrénaline, le cortisol, la testostérone… Si elles sont en mauvaise état, elles peuvent être à l’origine d’un dérèglement hormonal et donc d’un hirsutisme.

Il me montre mes surrénales, et elles sont “nickels” comme il dit.

“Mais alors ça viendrait d’où tous ces poils ?” “Vous avez de la famille méditerranéenne ?” “La branche maternelle est italienne” “alors c’est à votre famille qu’il faut faire un procès.” dit-il en plaisantant.

Nous continuons à papoter, notamment du fait qu’aujourd’hui il trouve que les diagnostics se multiplient alors que les problèmes ne sont que survolés et qu’en général la personne n’est pas malade, elle est juste différente, en dehors des moyennes.

“Très peu de monde finalement rentrent dans les quotas idéaux de la médecine moderne, et vous en avez fait les frais. Je vois des dizaines de femmes, comme vous, arriver dans mon cabinet en panique, pensant qu’elles ne pourront jamais vivre correctement ou espérer fonder une famille. Simplement parce qu’elles ne sont pas dans la bonne catégorie d’IMC, ou qu’elles ont une particularité physique jugé ‘anormal’ – alors que ce n’est qu’une différence physiologique. Tout va bien, tout est bien rangé à l’intérieur.”

Je suis rentrée chez moi estomaquée. Comprends-tu pourquoi il m’a fallu autant de temps pour t’écrire ? Je ne me sentais absolument pas légitime à revenir te parler de tout cela, je n’ai peut-être jamais été malade. C’est une super nouvelle pour mon corps, pour ma vie, pour l’avenir !

(Fin de la première partie – la suite ici : “Apocalypse, partie 2” )


Crédits photo : Photo by Dustin Tray from Pexels

4 Replies to “Apocalypse, partie 1”

  1. Je trouve les propos de ce médecin très censé, il soulève des choses intéressantes, sur la norme, la pression sur les femmes… En tout cas, puisque c’est une belle nouvelle pour toi je suis heureuse pour toi 🙂 Et même si tu n’as jamais été malade, c’est grâce à toi que j’ai découvert l’existence de ce symptôme, et tout le bien que tu as offert aux autres femmes est bien réel, il a bien existé !

    1. Merci pour ton soutient, c’est toujours un plaisir de te découvrir ici en commentaire <3
      L'échographe m'a fait beaucoup réfléchir =)

  2. Je suis ravie pour toi, vraiment. Pourrais tu nous donner le nom de ce docteur ?

    1. Merci beaucoup, ça me touche beaucoup ^^.
      Pourquoi souhaites-tu le nom de l’échographe ? =) C’est un petit médecin d’Amiens ^^

Laisser un commentaire