Avant-propos

Ce qui va suivre est un morceau du début de mon texte écrit lors du NanoWrimo 2018 – ce texte est un récit autobiographique, c’est mon histoire. Sans retouche, il n’a même pas encore été corrigé, il est brut.
Il se peut que le ton pesant, triste, mélancolique puissent te déstabiliser. Je comprendrais que tu ne veuilles pas continuer cette lecture. C’est okay 😉
Maintenant que tu sais, à toi de voir si tu souhaites rester sur cette page ou passer ton chemin. Bonne lecture !


“Je ne sais pas quand est-ce que cela a vraiment commencé.

Baleine, vache, guenon, singe, monstre…

J’ai l’impression que ça a toujours été comme ça, depuis que je suis née.

Quand je suis née, j’étais seule. Ma mère aussi. Beaucoup vous diront que l’environnement de naissance, la mémoire de la naissance, crée des blocages, des croyances limitantes durant la vie de l’enfant, de l’adulte.

Je suis née comme beaucoup d’enfants d’hôpitaux français des années 80. Dans le froid d’une salle d’accouchement, gants en latex et tape sur les fesses. Ma mère a accouché sans ses proches, mon père re-peignait la chambre, mon frère était en cours. Il n’y avait que ma mère et sa solitude. Ses peurs, le froid.

C’est seulement vingt-huit ans plus tard qu’elle a bien voulu raconter ce qui s’est passé, ce mardi 10 Octobre de l’année 1989. Le travail a commencé vers six heures du matin.

Mon frère, douze ans plus tôt, avait lui aussi réveillé mes parents tôt le matin. Mais comme il n’était arrivé que dans la soirée, mon père a juste déposé ma mère à la maternité de l’hôpital Jean Verdier à Bondy et est reparti. Ils ont décidé que ça resterait un mardi normal pour mon frère, du coup il est allé normalement au collège.

Ma mère a été seule, la sage-femme présente n’était pas la sienne, le gynecologue non plus. La nuit avait peut-être été longue, peut-être que d’autres ont tiré sur leur nerfs. On ne saura pas. Mais ce que ma mère savait c’est qu’elle avait mal, qu’elle se sentait seule, qu’elle était mal dans sa tête à ce moment précis de sa vie. Qu’à ce moment-là très justement, elle fondait beaucoup d’espoirs sur l’enfant à naître. Sauver son couple, sauver sa famille, sauver son bonheur.

On ne devrait jamais en demander autant à un être qui n’est pas encore là.

Ma mère a demandé du soutien au personnel soignant. Mais ils n’étaient pas là pour épancher le coeur d’une parturiente. Ils étaient là uniquement pour me faire naître.

Cet orgueil médical, cette impatience à ne pas comprendre la détresse des femmes sur le point d’accoucher. Ce n’était pas juste un accouchement comme tant d’autres ils avaient eu cette nuit et ce matin-là.

Ma mère était seule dans la salle d’accouchement. Et c’est là que je suis née, un 10 octobre 1989 à 15h05, avec pour mission d’être Super Girl au secours de ses parents.

Je suis née seule dans cette maternité, on me donné à ma mère que quelques heures plus tard. J’étais déjà muette, yeux clos. Paisible.

Et nous avons encore dans les cartons, cette vidéo mensongère. De mon père, caméra au poing, me montrant au monde et disant :

“Elle vient de naître, mais pourquoi elle pleure pas ?

C’est drôle quand même qu’elle ait autant de cheveux !”

Je suis née seule il y a déjà quelques heures, je ne dis rien, je suis déjà velue. Et je prend toute la mesure des obstacles à venir.


C’est sûrement à ce moment-là qu’on a commencé à ne pas réussir à me mettre dans une case. J’étais cette enfant un peu trop sensible mais qu’on entendait jamais. Intelligente mais qui n’avait pas le droit à l’erreur. Seule mais qui avait terriblement envie de ne pas l’être. Grosse mais qui n’a jamais eu de troubles alimentaires. Poilue mais qui n’avait pas de raison de l’être avec son genre.

Naître fille a aussi été une mission en soi, dans une famille misogyne. “Pourquoi tu n’es pas coquette alors que je l’étais tellement à ton âge !” “Fais ton lit” Mais mon frère ne le fait même pas “Oui mais lui c’est un garçon !”.

Il fallait que je sois dans la moyenne à l’école, il fallait que je sois jolie, il fallait que je ne parle pas trop fort, que je parle quand on m’en donne l’occasion – plaie des filles dernière née – j’avais le droit d’avoir une chambre impeccable, d’être impeccable, gentille, douce, mignonne.

Quand j’avais six ans on a voulu me faire percer les oreilles. Je mentirai si je disais que je ne voulais pas, je me souviens que j’en étais heureuse. Je savais aussi que ça me ferait mal. Ma mère m’a dit “si tu ne pleures pas, je t’offrirai un jouet”. Déjà montrer ses émotions n’était pas une bonne chose. Je me suis crispée sur ma chaise, j’ai eu mal, mais je ne l’ai absolument pas montré.

Quand j’ai eu 10 ans, je ne sais plus bien pourquoi, j’ai été très contrariée, même blessée. Je suis sortie de table avant la fin du repas pour ne pas montrer que je pleurais. Je suis partie dans ma chambre et j’ai écris une petite lettre à mes parents. Ils étaient tous à table, mes parents et mon frère. J’ai pris mon courage – à deux mains, comme on dit, avec mon petit mot surtout – et je suis allée leur donner en mains propres. Le visage déterminé et rougie par les larmes.

Je ne me souviens pas exactement de pourquoi j’avais été aussi blessée par eux. Je me souviens de cette sensation dans ma gorge, c’est la même depuis ce jour. Ce sentiment d’étranglement, de flots qui ne sort pas, qui reste bloqué là dans mon oesophage et qui me fait mal. Il reste bloqué et je ne pleure pas. J’attend qu’ils lisent.

Je me souviens des rires et de ma déception d’enfant.

Ça a peut-être aussi commencé là. Cette différence.

Être gentille, mignonne, douce, joyeuse. Faire ce qu’on te dit de faire car tu n’es pas chez toi. Je ne serai pas cette héroïne de ma famille, je serai leur fléau…”

Publié par Morgane du Val

De genre Féérique Technophile. Pratique en dilettante. S'identifie à une fougère. Vit à Amiens. N'a jamais su écrire une description.

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