Sorcière, prend garde à ton derrière

Cela ne t’aura pas échapper, je pense. Depuis 2015 je dirais, sur les internets de partout, déferle une vague d’ésotérisme, de spiritualité, découlant elle-même d’un très fort engouement pour le développement personnel. Je ne connais pas très bien le lien entre les deux, j’observe simplement.

L’ésotérisme dans ma vie est une ombre, pas dans le sens péjoratif, peut-être juste comme un petit caillou laissé par Poucet avant moi. Ce chemin de caillou que j’essaie de suivre depuis toute petite. Il est presque effacé, pas évident à suivre, à reconnaître. Et il y a dans ma vie de grands pan totalement vide de son approche.

J’ai des souvenirs. Très bref.
Moi, tirant le tarot de marseille à l’Aéroport de Dublin à mes camarades de classe quand j’étais en 4ème, lors d’un voyage scolaire. Lecture très littérale, “tu as tiré la Mort ? Tu vas mourir”. Ceci dit je n’avais pas totalement tort, tout le monde meurt un jour…
Moi qui feuillette un livre estampillé “Magie blanche et noire” pendant une après-midi au centre aéré avec une copine d’une autre école, Cynthia qu’elle s’appelait (je ne sais pas pourquoi je me souviens de son prénom, ce n’est pas le genre de chose dont je me souviens en général). Je me rappelle m’entendre dire “il faut tout ça ?! Mais je n’ai pas assez d’argent de poche pour acheter autant de bougies…”
Moi, planquée derrière la porte de ma chambre d’adolescente, récitant un sort pour qu’il tombe amoureux de moi. “Il” est un acteur britannique qui n’a vraiment aucune raison de connaître mon existance. C’est un espoir adolescent. J’ai 13/14 ans, j’ai tellement d’amour à donner. Alors je lance des sorts.

Des brides. Des moments éparpillés où je me souviens de ce tintement dans ma tête qui dit “pourquoi pas”. Des moments où j’écume mes livres, les internets, les cartes.

Et puis 2015 arrive.

Je crois que je me suis perdue si loin de tout ce que je souhaitais, que pendant un moment j’ai bien cru être arrivée à l’une de mes destinations. Aujourd’hui, je vois bien, j’en suis très loin. Je me suis réellement fourvoyée (qui utilise encore le verbe “se fourvoyer” ?).

Déjà parce que j’ai espéré faire partie d’un truc. Je ne fais partie de rien du tout. Je ne peux pas remplacer ce que je ne donne pas déjà à moi-même par l’espace que les autres veulent bien occuper dans ma vie. Ça ne marche pas. Quand ielles s’en vont, le vide est encore plus grand. Le trou dans la couche de ‘Mo’zone s’est élargi.

Ensuite parce que ça a créé des complexes, et en a exacerbé d’autres. Être assez ? En faire assez ? Suivre la Lune, nettoyer l’autel/les pierres, ritualiser matin/midi/soir, sabbats, esbats …? Bien faire ? Mal faire ? Du coup, comme la plupart des êtres humains normaux, face à autant d’échelles de valeurs, de comparaisons, d’images… bah je ne faisais rien.

A un moment je me suis même enfermer dans un autre schéma. “Ma magie est mentale.” C’est bien un truc de feignasse. Un gros mito. Un truc qui s’est même étendu au reste pan de ma vie. Mes projets sont mentaux. Mon bien-être est mentale. Ma santé ? Je la mentalise.
J’imaginais ma vie dans ma tête.

C’est une fois endormie que je prenais cher dans ma tête. Des rêves réprobateurs, qui me mettent face à la contradiction que je suis devenue. Je veux tout faire, tout tester. Je lis, j’écoute, je regarde, j’enregistre mais je ne fais rien. Je suis devenue si engluée, si inactive dans ma vie, que l’amour de Pygmalion n’y changerai rien.

Aujourd’hui je ne sais plus bouger, dépasser le premier pas, faire la première action. Je ne sais plus ce que je veux. Je me pose milles questions, et ça me paralyse. Je me demande si ce que je fais c’est uniquement de mon propre fait où par l’inconsciente envie d’être reconnue comme telle.

L’ésotérisme est entrée dans ma vie par une si petite porte, elle n’était pas là pour me faire devenir quelqu’un aux yeux des autres. Elle était là pour que je prenne mon pouvoir, et cela même quand je n’étais qu’une écolière victime d’harcèlement scolaire. Prendre mon pouvoir quand j’étais une adolescente solitaire en mal d’amour platonique… et familiale. Prendre mon pouvoir quand je suis devenue une femme avec un corps qui n’entre dans aucun moule prédéfini.

Je suis devenue une adulte qui a cru trouver des réponses ailleurs alors qu’elles étaient déjà là. Le brouhaha du monde était si englobant, si fort, si séduisant qu’il a étouffé le doux son de mon être.

Rien n’est perdu. Il a juste changé de canaux pour se faire entendre.
Je ne vais pas bien, ma santé non plus, je ne fais rien aujourd’hui, ma spiritualité et ma magie sont proche du néant. Je fais le bilan pour mieux relever le menton.

Poser les paumes au sol, poser pied au sol, pousser sur le genou, me relever, prendre appui sur mes deux jambes, sentir le poids de mon corps, entendre mon énergie exister à travers moi et prendre mon chemin.

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